Ma première garde en chir de la main
Par Aseto le dimanche 25 février 2007, 19:21 - Chirurgie - Lien permanent
Et oui, enfin j'ai connu ce bonheur de passer la nuit (enfin.. une partie de la nuit), dans la très fameuse "chambre 13 - externe de garde", à côté de la morgue de l'hôpital Jeanne d'Arc à Toul.
Nous sommes le 22 février, je viens de terminer mes examens (ahh la neuro le 21 février et sa sclérose latérale amyotrophique... ça se passe de commentaire). Et je vais fêter la fin de mes exams : en garde !
17h30, je prends donc possession des clefs de la fameuse chambre de garde... 18h15 j'attaque ma garde : s'enchaînent alors au bloc des fractures, des plaies cutanées, des lésions tendineuses... Je tire des écarteurs (heu pardon : "écarter c'est soulever" alors : je soulève avec mes écarteurs), je fais quelques points (ah ça y'a pas à dire, j'aime !). Puis vers 22 ou 23h, les urgences me bipent (la classe le bip... "ôhôhôh, on me bipe !". Le temps de 5 secondes, je me prends pour le Dr Carter dans "Urgences" mdr). Bon, baooouum, retour à la réalité : "c'est pour quoi ?" "Une main oedématiée". "Une quoi ? ah... cool... ben j'arrive". "chef, y'a une "main oedématiée", vais voir...."
J'arrive dans au Sas, et là l'infirmière me prévient que attention, vraiment, c'est vraiment mais alors vraiment terrible. Sa main elle est vraiment mais alors vraiment grosse."
En moins de 2 me voici dans le box où je trouve un monsieur avec une effectivement énooooorme main gauche. "ah oui, quand même...." "Nan mais c'est pas pour celle-là que je viens... c'est la droite".
:o oups... mais que va-t-il donc me montrer de pire, au bout de son bras droit ??? Là surgit du fond d'un survêtement une ENORME main. (mais vraiment mais alors vraiment énorme). Le tableau ? Syndrome des grosses mains, que ça s'appelle, retrouvé chez les (anciens) toxicos. (vous imaginez une main d'éléphant ? greffez là sur un homme et vous avez notre tableau).
J'apprends ensuite que notre patient est déjà venu dans le service, et qui dit "déjà venu" dit "a déjà un dossier aux archives" dit "externe va chercher le dossier aux archives".
... les Archives. ... à presque Minuit. .... seule dans le grand et glauque hôpital de Toul.
Je me lance. Je traverse tous ces dédales de couloirs sombres. J'arrive devant la porte des Archives. Je l'ouvre. Je laisse la clé dessus (je serai plus vite repartie ainsi). Et je pénètre dans la salle à al recherche de mon dossier. Mais là......le plus ancien dossier que je trouve remonte à 2003... et le mien date de 2001. Alors je m'enfonce plus loin, je fouine, je peste, je cherche, je râle en mon fort intérieur..... Et là.... et là..... des bruits de pas. De terribles bruits de pas. L'angoissse.... le service de psy est à côté. D'atroces légendes trainent dans les couloirs de la fac à propos de cet hosto la nuit. Et me voici seule perdue au milieu des archives avec.... quelqu'un. Et les clés....... merde les clés ! elles sont sur la porte... je dois être enfermée maintenant.... (et oui, vous l'aurez compris, la blonde fatiguée se fait beaucoup de films... mais là avouez que la situation s'y prète plutôt bien !!). Bon. alors qui est le propriétaire de ces pas qui m'angoissent tant ? En moins de 2 secondes je me retrouve face à un grand bonhomme en noir, baraqué comme tout... et flippant comme tout (oupppssss.....) "vous cherchez quelque chose ?" "heu... un dossier..." (tiens étrange dans les Archives je ne vois pas ce que je pourrai chercher d'autre...) "bah cherchez alors". Et le type avance vers moi. (Là, c'est le moment où je hurle ou je hurle après ? bon.... j'attends encore un peu). Je me rue vers la sortie, et au passage.... je m'aperçois que je guguss porte à la ceinture un talkie. C'est un mec de la Sécu. ... Là, c'est le moment de l'histoire où j'ai vraiment eu l'air idiot. (mais avouez quand même que le gars aurait pu me dire qui il était : il avait vu que je flippais !!)
Donc voici, ceci était le récit d'un (excellent) film d'épouvante de et avec Aseto, "panique au milieu des Archives". :p - PTDR.
Une fois l'épisode passé, je rejoins mon interne tachycarde à 130, pâle comme tout, trempée de sueur... et sans dossier. et puis nous nous retrouvons au bloc pour opérer le fameux patient : dur dur.... L'anatomie de la main revue et corrigée version éléphantman de la main. Spécial, comme expérience.
A 2h15 environ, fin des urgences... mon chef repart, mon interne va se coucher mais... ôh j'ai un staff à préparer ! et hop ! un bout de fromage pour me motiver (oui oui, il est 2h et demie du matin... et alors ?), un ordinateur, une feuille un crayon... et c'est parti ! "madame machin... canal carpien... dodoooo"....
C'est vers 4h du matin que le Dieu des Externes me permet d'aller me reposer dans la fameuse chambre 13, "Externe de Garde", entre la morgue et... les archives. (les fameuses). ça vous étonne si je vous dit que j'ai mal dormi ?? mdr
6h30 : biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip biiiiiiiiiiiiiiip. Gneu ? BIIIIIIIIIIIIIIIPPPP !!
Ok ok... je me lève... je troque un pyjama vert contre... un autre pyjama vert. et je suis (presque) opérationnelle pour mon staff et.... pour enchaîner sur le programme du matin ! (le premier qui parle de repos compensateur je le dépèce et je le jette dans un bain de sel).
J'assiste donc à une série de canaux carpiens, arthroscopie, arthrodèse, ligamentoplastie, rhizarthrose du pouce, exérèse de carcinome spino-cellulaire... et là, au cours de cette opération (nous sommes déjà à 15h de l'aprèm), mon chef commence l'opération... et tout à coup....... il me tend un bistouri : "c'est toi qui va couper le tendon". (ouhla non ça y est je me suis endormie dans un coin de l'hosto et je suis en train de rêver... réveille toi ma grande....) "gneu ? moi ?" "bah oui." ôh mon dieu je ne rêve pas..... En moins de 2 je me suis retrouvée avec un bistoutou en main, à couper un tendon. 30 secondes de bonheur total (oui oui je suis une psychopathe je sais je sais... mais enfin pour une folle de chir... on n'aurait pu me faire plus plaisir.). Envolée la fatigue, envolé le stress, envolé le film d'épouvante...
Un garde qui se termine donc sur un bouquet final... exceptionnel !
Et une vocation qui ne fait que se renforcer de jour en jour. Oui, je serai "une bonne femme chirurgien. heu... une femme bon chirurgien... heu enfin... une femme chirurgien quoi..." Et j'en suis ravie.




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Commentaires
LOOOOOOOOOOOOOOOOOL, si tu écris un livre, j'achète ! Moi aussi je veux faire chir
(mais c'est beaucoup d'années d'études...)
félicitations vraiment bravo quel courage franchement y a pas a dire tes trop forte(moi aussi je veux etre chir).bon courage et bonne continuation.

J'ai lu ton article et visite ton blog que je trouve vraiment tres interessant. Je l'ai ajoute dans mes favoris.
Une fois de plus tu partages avec nous un super article. Toutes mes felicitations.